«Réunion de l’ONU sur la Côte d’Ivoire : Gbagbo : "Je n’irai pas à New York"»

Le Matin d’Abidjan - 9/14/2006 7:50:35 PM — http://news.abidjan.net/h/212803.html :

par Bidi Ignace :

«A cinq jours de la rencontre d’évaluation convoquée par le secrétaire général des Nations unies à New York, le chef de l’Etat annonce son absence à ce sommet. Il en a donné les raisons hier.

Aux Forces de défense et de sécurité (FDS) qui sont allées le rencontrer dans l’après-midi d’hier, au palais présidentiel au Plateau, le président de la République, SEM Laurent Gbagbo a dit ce qu’il pense de la réunion du conseil de sécurité de l’ONU, du 20 septembre prochain sur la Côte d’Ivoire. Cette rencontre se fera sans le N°1 ivoirien. C’est lui-même qui a décliné l’invitation de Kofi Annan hier. « Je n’irai pas à New York», a-t-il coupé court. Pire, le président ne sera pas représenté au pays de l’Oncle Sam. « Je n’y enverrai aucune délégation (…) parce que je ne veux pas cautionner la mascarade que le GTI a faite ici », a déclaré le chef de l’Etat, décidé à adopter la politique de la chaise vide «pour protester contre la manière cavalière et impolie dont le GTI (Groupe de travail international) traite l’affaire de la Côte d’Ivoire ». De cette façon, il entend demander à la communauté internationale de traiter son pays et son peuple avec égards. La dernière réunion du GTI tenue la semaine dernière à Abidjan est la dernière goûte d’eau qui a fait déborder le vase. Car, le président soupçonne le groupe de travail de vouloir accomplir le dessein de la rébellion. Pour le chef de l’Etat, que le GTI demande par deux fois qu’on suspende la Constitution revient à dire aux rebelles :« Comme vous avez échoué, écartez-vous on va gagner pour vous ». La partialité du petit machin dans le processus de sortie de crise est désormais au grand jour : « Le GTI est manipulé par des gens pour lesquels la paix n’est pas importante ». Le président Gbagbo est formel, les parrains du GTI commanditent des communiqués contre tout ce a une base démocratique; à savoir les institutions de la République. D’où le constat que « tout ce qui est élu les (membres du GTI: ndrl) énerve ». Et de conclure : « Moi, ils m’énervent ». Outre son absence à New York, Laurent Gbagbo entend tout mettre en œuvre pour contrecarrer les attaques. « Je ne laisserai pas faire, ça ne se passera pas comme ça », a-t-il assené, déplorant le fait que l’on exporte chaque fois les problèmes ivoiriens. De ce point de vue, « il faut que l’Afrique s’approprie la paix en Afrique et en Côte d’Ivoire ». Cette transition faite, le chef de l’Etat se tourne vers ses pairs africains de l’Union africaine à qui il entend faire des propositions « pour un nouveau processus ». Cela parce que les accords de Marcoussis et Kléber « ont échoué » depuis quatre ans maintenant qu’ils sont appliqués. A l’UA, Gbagbo a fait la mise au point suivante : « Ceux qui ne veulent pas faire le désarmement sont devant nous, on fait quoi ? ». Question essentielle, dira le chef de l’Etat, car l’heure est à la prise de décision claires et non d’autres tractations. « Je ne ferai plus aucun arrangement ; les arrangements sont terminés, les négociations sont terminées », a-t-il martelé, indiquant que sa position sur d’autres discussions est connue du secrétaire général de l’ONU depuis longtemps. « Quand Kofi Annan est venu à Yamoussoukro, a révélé Laurent Gbagbo, je lui ai dit que les arrangements sont terminés. Il m’a donné raison, on a écrit cela. C’est consigné ». Ce refus est la conséquence de quatre ans de concessions qui ont vu le chef de l’Etat « opérer vingt trois changements (arrangements) dans notre corpus législatif », à la demande de l’opposition rebelle et politique. Sans que le désarmement, « la seule revendication » du camp présidentiel, ne soit exaucé. Pire, les commanditaires de la rébellion « ont suspendu la venue de la paix au bon vouloir des rebelles », sous prétexte que le désarmement doit se faire « de façon volontaire ». La passivité de la communauté internationale devant ce que Gbagbo qualifie de « caprices » est, selon lui, la résultante d’un mauvais diagnostic des médiateurs de la cause principale de la guerre. « Ils diagnostiquent, regrette-il, un problème identitaire alors que c’est un coup d’Etat pour des gens qui voulaient s’emparer du pouvoir ». Et le chef de l’Etat de couper court : « les temps sont proches où il faudra prendre des décisions », Il a déjà prévenu que conformément à la Constitution ivoirienne, il reste aux affaires et n’en partira que par la seule volonté du peuple qui l’a élu. « Gbagbo est venu ici (au pouvoir : ndrl) par le vote des Ivoiriens, il partira par le vote des Ivoiriens », a martelé le président qui se dit déterminé à protéger la loi fondamentale. « Le premier rôle du président, a-t-il rappelé, c’est de défendre la Constitution de son pays » et Laurent Gbagbo entend jouer son rôle jusqu’au bout : «Je défendrai la Constitution sur laquelle j’ai prêté serment ». »