«Départ des soldats français de la Côte d’Ivoire - Affi N’guessan mobilise dans les ambassades et les agoras»

Pascal Affi N’Guessan est vice-président de l’Internationale Socialiste. Quel écho a-t-il en France quand il entreprend une telle démarche ?
Les Français ne sont-ils pas fondés à s’interroger sur l’étrange discrétion des médias français sur un fait d’une telle importance ?


L’Inter — jeudi 28 septembre 2006 — http://news.abidjan.net/article/?n=215033 :

«Monsieur le président du FPI, quelles sont les raisons de cette visite dans les Ambassades ? Pascal Affi N’Guessan (PAN) : “C’est une campagne que nous avons entreprise pour obtenir le retrait de la France du processus de paix. Nous avons commencé aujourd’hui sur deux fronts : sur le front diplomatique il s’agit d’aller expliquer nos positions à tous les pays africains et aussi européens notamment les grandes puissances comme la Chine et la Russie. Nous irons même à l’Ambassade de France pour solennellement leur remettre une déclaration dans ce sens. Et puis nous allons faire des meetings populaires dans les quartiers pour expliquer et pour mobiliser nos compatriotes par rapport à cet objectif du retrait de la France. Nous l’exigeons (le retrait de la France) pour deux raisons. D’abord parce que nous considérons que le schéma parrainé par la France a échoué par sa propre faute, cela, depuis Marcoussis. Nous avons un accord qui aurait pu nous amener à la paix. Mais manifestement la France a tout mis en œuvre pour que cet accord ne produise pas les résultats. Et cela en bloquant le processus de désarmement et en orchestrant toute sorte d’action pour affaiblir le pouvoir. En définitive, nous concluons que ce processus qui a été initié par la France c’était un moyen subtil et souple pour obtenir la chute du pouvoir que les rebelles n’ont pas réussi le 19 septembre. Et aujourd’hui par l’action diplomatique qui consiste à une série d’agressions contre le pouvoir, à dépouiller le président de la République de ses prérogatives, alors que de notre point de vue, au stade actuel tout ce qui reste à faire, l’action à mener pour que la Côte d’Ivoire retrouve la paix, c’est l’action de désarmement, de réunification pour que nous allions aux élections. Nous constatons que cela n’est pas la priorité de la France. Pour nous son schéma a échoué par sa propre faute, la France est devenue partie au conflit, elle est devenue une force belligérante. Elle a tué des dizaines de jeunes Ivoiriens en 2004 faisant aussi des milliers de blessés. Elle fait prendre des sanctions contre les dirigeants ivoiriens, elle travaille à affaiblir l’exécutif, à dissoudre le pouvoir, donc ce sont des actions qui sont des actions de belligérance. Nous n’avons plus confiance, nous considérons cela comme une force adverse et donc nous voulons que la France se retire parce qu’elle n’est plus neutre et qu’en lieu et place au plan militaire comme diplomatique, l’Afrique s’implique. L’ONU elle-même a reconnu qu’il faut que l’action soit menée d’abord en Afrique. Il faut que l’Afrique prenne ses responsabilités aussi bien au plan militaire ou nous demandons qu’elle se donne les moyens de déployer des forces en remplacement des forces françaises dont nous réclamions le départ qu’au plan diplomatique ou nous demandons que sa médiation soit totalement et exclusivement responsabilisée pour conduire la dimension politique. Il faut aussi que le GTI disparaisse du processus de paix”.

Après l’Ambassade du Nigeria, quelles sont les représentations diplomatiques africaines que vous allez rencontrer, et concrètement, que peuvent apporter ces pays à votre lutte ? “Ce matin nous avons rencontré déjà le Niger, nous venons de terminer avec le Nigeria, cet après-midi nous serons à l’Ambassade d’Angola, demain (Ndlr : aujourd’hui) nous avons d’autres ambassades comme le Bénin, comme le Sénégal et ensuite nous rencontrerons l’Afrique du Sud. Enfin tous les pays africains, tous les pays membres de l’Union africaine et surtout du Conseil de paix et de Sécurité de l’Union africaine seront rencontrés, de même que les grandes puissances ; la Chine, la Russie, la France et d’autres pays européens comme l’Allemagne qui jouent un rôle important et qui ont été abusés depuis le début de la crise par la diplomatie française. Les pays africains peuvent apporter leur soutien militaire, leur soutien diplomatique. Et ce sont ces deux soutiens que nous appelons. Il y a également leur soutien politique, parce qu’au-delà même de la diplomatie, nous voulons que l’Afrique travaille aussi, du reste, dans ce qui va déterminer pour l’après 31 octobre à restaurer l’exécutif. Vous voyez que les Français travaillent à éclater le pouvoir exécutif à telle enseigne qu’aujourd’hui on ne sait même plus où se trouve le centre du pouvoir en Côte d’Ivoire. Or cela a un impact très négatif sur la situation sociale. L’anarchie qu’on observe dans le fonctionnement du pays, le scandale des déchets toxiques tout cela est favorisé par l’absence d’un pouvoir exécutif fort, d’une autorité forte, d’une administration forte où les choses fonctionnent correctement et où il y a des responsables qui sont loyaux, travaillent dans l’intérêt général au lieu de servir leur intérêt particulier. C’est tout cela qu’il faut résoudre et donc l’Afrique peut nous aider aussi à faire en sorte que le pouvoir exécutif soit restauré, et que les rebelles une fois qu’on aura réglé les problèmes d’impartialité dans la conduite du processus, soient contraints d’aller à la conciliation et au désarmement ”.»