“Poudrière identitaire”… réactions à la projection (4)
Côte d’Ivoire, poudrière identitaire - manipulation des faits dans le film
La responsabilité des intellectuels et des politiques engagée
(L'Inter -- Vendredi le 17 Août, 2001)
--par Roselyne AKA --
La diffusion du film Côte d’Ivoire, poudrière identiaire sur les antennes de la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI) et les débats qui ont suivi ont permis à tous les auditeurs et spectateurs ivoiriens de se rendre compte de la responsabilité de certaines personnalités et même de simples citoyens de Côte d’Ivoire, dans la campagne de dénigrement menée contre leur pays. Utilisés comme “ acteurs ” par M. Benoît Scheuer, le réalisateur, ces personnes ont, à la vérité, toutes contribué à salir l’image de leur propre pays, par les propos inopportuns qu’elles ont tenus dans ce film. Côte d’Ivoire, poudrière identitaire, le film très controversé de Benoît Scheuer a, enfin, été diffusé sur les antennes de la RTI, le mardi 14 août dernier. Les “ acteurs ” du film de Benoît Scheuer, qu’ils soient de simples citoyens, des hommes politiques, ou d’éminents universitaires ont, à l’évidence, contribué à cette campagne consistant à jeter l’opprobre sur leur propre pays. Certains l’ont fait en ignorant tout des intentions de l’auteur, d’autres par contre l’ont fait en toute connaissance de cause. Même s’il y a eu une mauvaise interprétation de ces propos, une manipulation évidente des faits et de la réalité ivoirienne, il n’en demeure pas moins que ces propos ont été tenus par des Ivoiriens. Il y a donc problème. Si on peut pardonner à de simples citoyens de s’être ainsi répandu avec naïveté devant des caméras, on ne peut le faire pour des hommes politiques et des universitaires qui sont censés être des hommes avertis.
LE COMPLEXE DU BLANC ?
Les débats qui ont suivi la diffusion de ce film ont, en effet, montré à quel point la plupart de ces personnalités ont manqué de vigilance dans leurs rapports avec un individu qui leur était jusqu’alors inconnu, à une période où la Côte d’Ivoire était accablée à l’extérieur de tous les maux. Elles ont consacré deux, trois, quatre, voire cinq heures d’entretien à un inconnu, soit “ dans leur propre bureau ”, soit “ dans une suite de l’Hôtel Ivoire ” sous prétexte qu’elles sont des personnalités “ ouvertes et accessibles ”. Combien d’universitaires ivoiriens auraient consacré autant de temps à un étudiant pour l’aider dans ses travaux de recherches, ou pour lui expliquer un cours qu’il n’aurait pas compris ou auquel il n’aurait pas participé parce que souffrant par exemple ? Très peu assurément. Quant aux hommes politiques, auraient-ils accordé un entretien aussi facilement à des journalistes nationaux ? Certainement pas. Alors pourquoi ces personnalités ivoiriennes ont-elles tant parlé de leur pays et de sujets aussi sensibles à un chercheur belge qui leur était inconnu ? Plusieurs de ces “ acteurs ” ivoiriens ont expliqué que c’est parce qu’ils croyaient avoir affaire à un Européen sérieux qui cherchait à réaliser un documentaire scientifique. Soit. Mais un universitaire ou un homme politique européen aurait-il consacré si promptement et gratuitement tout ce temps à un chercheur ou journaliste africain, pour parler des problèmes sensibles de son pays ? Ce n’est pas certain. Alors pourquoi donc les Africains réagissent-ils toujours de façon si précipitée et sans prendre des précautions lorsqu’ils sont face à des Occidentaux ? Les exemples, en effet, de ce genre d’attitude ne manquent pas. Certains “ acteurs ” du film de Benoît Scheuer, comme le Pr. Ouraga Obou, se sont armés de courage pour assumer leurs dires avant de tenter de se justifier. D’autres, comme le Pr. Niamkey Koffi se sont débattus sur leur siège pour dénoncer la mauvaise foi de l’auteur du film et ont même cédé à la colère sur le plateau de télévision, comme si les auditeurs, téléspectateurs et spectateurs étaient pour quelque chose dans l’entretien qu’ils ont accordé à M. Scheuer.
LES PROPOS TENUS SONT REELS
Mis à part le Pr. Abdou Touré et le juge Zoro Bi Ballo qui ont refusé de participer aux débats et dont on ne sait pas vraiment la position, ces “ acteurs ” ont tous reproché à M. Benoît Scheuer d’avoir non seulement menti sur le but visé par ce film, mais aussi sur le destinataire, et d’avoir, en plus, utilisé une infime partie de leurs propos pour accréditer sa thèse du génocide en préparation en Côte d’Ivoire. Mais aucun, ni les Professeurs Niamkey Koffi, Jean-Noël Loucou, Ouraga Obou ni le député Allah Kouadio et autres, n’a véritablement nié avoir tenu les propos qui ont été rapportés par M. Benoît Scheuer. Les faits sont donc là, ces propos sont malheureusement réels. Et c’est ce qui est grave. Même si les personnalités universitaires et politiques ont, en somme, affirmé au cours de ce débat avoir été “ dupées ” par le Belge Benoît Scheuer, l’opinion nationale, il faut l’admettre, ne peut se satisfaire de cette rengaine qu’on brandit chaque fois qu’on se reproche quelque chose. Ce que le public a retenu, en effet de leur prestation, c’est le résultat, à savoir les images du film qui montrent bien que toutes ces personnalités ont “ aidé ” M. Scheuer dans sa campagne de dénigrement de la Côte d’Ivoire. Cet homme est arrivé dans ce pays avec le but de trouver de quoi illustrer sa thèse de tentation de génocide et justifier, par la suite, les 150 plaintes déposées contre le président Laurent Gbagbo et autres en Belgique. Il a manipulé les uns, poussé les autres à bout, afin d’obtenir ce qu’il est venu chercher en Côte d’Ivoire. De tous les longs entretiens qu’il a eus, il a choisi, en toute liberté, de ne retenir que de très courts extraits susceptibles d’étayer sa thèse, pour le montage de son film. En réalité, il ne pouvait en être autrement. C’est de bonne guerre. Il est donc un peu trop facile de dire qu’on a été “ dupé ”, lorsqu’on tient des propos aussi graves et inappropriés, qui rejaillissent sur tout un Etat, devant un inconnu. Comme l’a indiqué un des participants au débat télévisé, dès l’instant où ces personnalités ont accepté d’être filmées et de parler des problèmes de leur pays à un individu, sans contrat ni exigence notifiée, celui-ci peut se permettre d’utiliser leurs propos comme il l’entend. Il ne sert donc plus à rien de se lamenter et de tenter de se justifier. Le mal est déjà fait. Il faut plutôt en tirer les leçons et traduire par son comportement de chaque jour que ces thèses d’exclusion de gens du Nord et de planification de leur génocide n’ont pas leur place en Côte d’Ivoire. Pour ce qui est des autres personnalités ivoiriennes qui ont accordé un entretien filmé à M. Benoît Scheuer, mais qui ne figurent pas dans le film Côte d’Ivoire, poudrière identitaire, elles ne devraient pas se réjouir trop tôt. Car rien ne dit que les propos qu’elles ont tenus devant les caméras de cet homme ne seront exploitées à d’autres fins, pour corroborer des thèses plus graves et illustrer des images plus fortes.