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vendredi 27 janvier 2012

Ouattara au «Monde» - une gageure : trouver un mot de vrai !



"Ouattara au « Monde » : un festival de contre-vérités !"

Par Edouard Amichia. Extrait du Nouveau Courrier du 26/01/12 :

Dans une interview qu’il a accordée au journal français Le Monde, en prélude à la visite d’Etat [...] au pays de son ami Nicolas Sarkozy, le chef de l’Etat Alassane Ouattara a multiplié les contrevérités. Sur les questions essentielles à la vie de la nation comme la sécurité, la réconciliation nationale, la justice, etc., le locataire du palais d’Abidjan a tenté vainement de polir l’image de son régime dictatorial. Il envoie à la communauté internationale, notamment à ses principaux parrains qui ont été récemment amenés à élever la voix pour dénoncer ses velléités tyranniques, des clichés qui sont loin de traduire la réalité dans un pays où tout va mal. La Côte d’Ivoire connaît en effet un net recul démocratique depuis que Ouattara est arrivé aux affaires, avec l’aide de l’armée française, l’insécurité est galopante, avec des supplétifs de guerre qui commettent des exactions sur les populations en toute impunité ; le tout couronné d’une justice des vainqueurs qui classifient les Ivoiriens en pro-Ouattara, donc intouchables d’un côté, et en pro-Gbagbo, vaincus, donc accusés de tous les maux, traqués et injustement emprisonnés. Ces réalités, Ouattara feint de les ignorer, étant lui-même le maître à penser d’une politique qui exacerbe les rancœurs plutôt que favoriser la réconciliation nation nationale. Nous avons choisi de décortiquer des morceaux choisis de ses déclarations qui heurtent l’entendement des populations ivoiriennes.


A propos du dialogue avec l’opposition

«Les Ivoiriens veulent vivre en paix et tourner la page. Je suis absolument déterminé à faire en sorte que la démocratie devienne irréversible dans notre pays. Depuis que je suis installé à la présidence [le 27 mai 2011], j'ai constamment tendu la main aux partisans de Laurent Gbagbo. Ils la refusent et je le regrette. J'ai mis en place la commission Dialogue, vérité et réconciliation. J'ai demandé à son président, comme au ministre de l'Intérieur, de rencontrer les responsables de l'opposition. Moi-même, je leur ai fait savoir que j'étais prêt à les recevoir de nouveau. Je leur avais proposé des postes au gouvernement. Ils n'ont pas accepté. Ils ont boycotté les élections législatives de décembre. Je continuerai ainsi, même si un noyau dur du FPI [Front populaire ivoirien, le parti de l'ancien président Gbagbo] refuse d'aller de l'avant», soutient Alassane Ouattara.

Les déclarations de l’ami personnel de Nicolas Sarkozy au sujet du dialogue avec l’opposition traduisent son refus de discuter avec le Front populaire ivoirien (FPI) qu’il craint visiblement comme une peste. A la place de ceux qu’il qualifie de «noyau dur», donc indésirables, il aurait voulu certainement d’autres hommes, plus malléables, à la tête du parti de Laurent Gbagbo. Alors tant qu’il n’aura pas les hommes qu’il jugera fréquentables, il est clair que le dialogue politique restera au point mort. Inutile de souligner que c’est Washington qui l’a contraint à renouer le contact avec le CNRD, coalition des partis proches du président Laurent Gbagbo, pour des échanges qui auront fait long feu à l’approche des élections législatives du 11 décembre 2011. Ces échanges, c’est bien Ouattara qui les a brutalement interrompus et non le CNRD. Il ne voulait surtout pas que les préoccupations du FPI, notamment sur la composition de la Commission électorale, contrôlée à 95% par la coalition au pouvoir, et le découpage électoral visant à sur-représenter le Nord, soient évoqués en toute transparence. A dire vrai, Ouattara ne veut pas d’opposition mais d’accompagnateurs prêts à se renier pour avoir le droit d’exister. Et à bénéficier des miettes de la «mangeoire».


La barbarie des partisans du régime au meeting du FPI

«Nous avions autorisé cette manifestation après beaucoup d'hésitation. Etait-ce le moment ? Je ne voulais pas donner le sentiment qu'il n'y a pas d'état de droit. Ce sont les populations qui sont sorties dans la rue, même s'il devait y avoir aussi des militants du RDR [le parti de M. Ouattara]. Tous ces gens voient [dans les dirigeants du FPI] des concitoyens qui ont tué leurs parents. Il y a eu pendant cette période plus de 3 000 morts, jamais de regret exprimé, et jamais de repentance. J'ai demandé une enquête et les responsables seront sanctionnés», dixit Ouattara. Aucune compassion de sa part à l’endroit des victimes qui, à lire entre les lignes, auront mérité le sort qui leur a été réservé. Ne sont-ils pas des partisans de son ennemi juré, le président Gbagbo qu’il a déporté à la Haye et dont il s’est juré de ruiner et la famille et le les proches et de faire disparaitre totalement les traces ! A commencer par son héritage politique, le FPI. Quand le chef de l’Etat désigne les responsables du FPI comme étant des criminels qui ont leur place en prison, on comprend aisément que l’acte de barbarie enregistrée samedi était une action savamment planifiée au somment de l’Etat. S’il a autorisé le meeting «après beaucoup d’hésitation», Ouattara ne voulait pas du tout qu’il aille à son terme sans accrocs. Tout a donc été mis en œuvre pour que des populations «qui voient dans les dirigeants du FPI des assassins» décident de braver le dispositif sécuritaire pour se rendre justice. Vous avez dit vendetta au sommet de l’Etat ! Par ailleurs, si Ouattara connait déjà les auteurs des violences postélectorales, s’excluant lui-même du box des accusés, quel devra donc être le rôle de la justice ? Et à quoi sert la CDVR de Konan Banny manifestement dépassé par le cours que prennent les événements ? Tous, à l’unisson, sont préparés, à la vérité, pour accabler les pro-Gbagbo et il ne faudra pas s’étonner demain que la justice se jette aux trousses du ministre Amani Michel, de Miaka Ouréto, Laurent Akoun et autres. Plus grave : Ouattara criminalise dans son propos tous les partisans de Laurent Gbagbo. Puisque ce ne sont pas les dignitaires du FPI qui ont été lapidés, traqués dans les quartiers, blessés par balle. Le militant de base tué par les miliciens du régime n’était pas un dignitaire.


La justice des vainqueurs

«(…) Il y a d'ores et déjà eu une série d'inculpations pour les responsables d'exactions commises pendant la crise post-électorale. Enfin, je viens de mettre en place une commission nationale d'enquête qui a commencé ses travaux. Il ne peut y avoir de discrimination entre les criminels. Ceux qui ont tué, de quelque bord qu'ils soient, seront jugés et feront l'objet de sanctions. Ce n'est pas une question d'opposition ou de parti au pouvoir. (…) Des procès seront engagés. Il n'y aura aucune discrimination, aucun favoritisme, pas d'acharnement non plus à l'égard de qui que ce soit. Le drame de ce pays a été l'impunité. Je veux y mettre fin. C'est par une justice équitable que nous y parviendrons. Nous mettons en place notre justice de manière beaucoup plus rapide que je ne l'avais imaginé. Bientôt, la justice ivoirienne sera en mesure de prendre tous ces dossiers en main. La Cour pénale internationale continue tant que la justice ivoirienne n'a pas les moyens de juger. Nous préférons bien sûr juger les uns et les autres ici, en Côte d'Ivoire. Il ne faut pas que les proches des victimes attendent trop longtemps, il y a un besoin de réparations».

Ceci est un refrain que Ouattara sert aux Occidentaux pour se présenter sous un jour agréable, comme un démocrate. Alors que le monde entier se rend à l’évidence qu’il est un dictateur. Et pis, qu’il n’a pas la réalité du pouvoir, condamné qu’il est à compter sur les forces de son Premier ministre et allié dans la crise postélectorale, Guillaume Soro. Mais aussi sur les forces françaises dont il réclame toujours plus d’effectifs, en tentant d’instrumentaliser le terrorisme islamique – il rêve sans doute qu’AQMI attaque la Côte d’Ivoire pour justifier la présence d’armées étrangères…. Tout est faux. La réalité est tout autre. A ce jour, aucun de ses partisans n’est visé par la moindre enquête. Dans le cas contraire, les Ivoiriens attendent de l’appareil judiciaire qu’elle rende publique la liste des concernés. La justice est loin d’être équitable pour tous et ce ne sont pas ses déclarations sans élément probant qui peuvent remettre en cause les investigations de nombre d’organisations internationales des droits de l’homme, y compris des démembrements de l’Onu, qui ont dénoncé à maintes reprises les graves dérives de la justice ivoirienne sous Ouattara. Quand il encense Guillaume Soro, qui lui permet de goûter au plaisir du tapis rouge, il faut comprendre que sa profession de foi quant à l’avènement d’une justice équitable pour tous en Côte est vide de sens. Aussi refuse-t-il lui-même de se compter parmi les auteurs possibles des violences postélectorales, alors qu’il était le patron des FRCI ou Forces nouvelles, bonnet blanc, blanc bonnet, qui ont commis des atrocités à l’Ouest et à Abidjan, notamment.


Les Frci et l’insécurité : juste quelques "débordements"

«Nous avons déjà suspendu près de cinq cents militaires et il ne s'agit pas que d'anciens membres de l'armée de Laurent Gbagbo. Ce n'est pas une justice des vainqueurs. Nous sommes sans pitié vis-à-vis de toutes les violations des droits de l'homme, de tous les vols, et l'intégration [avec les ex-forces armées] a eu lieu. Il y a eu des nominations à tous les niveaux. Au départ, entre les deux groupes armés, il y avait bien sûr des problèmes. Le matin, au moment de l'exercice physique, ils s'insultaient, il y avait des bagarres. On a aussi connu des débordements avec les jeunes qu'on appelle les associés, ceux qui se sont joints à la bataille d'Abidjan. Cela représente 25 000 à 30 000 personnes. Nous en démobilisons un certain nombre. D'autres demandent à être recrutés dans l'armée. Nous mettons en place une réforme de l'armée ».

Sans commentaires. Il faut bien vivre dans un autre pays pour ne pas savoir que ce que les Ivoiriens ont vécu et continuent de vivre ne peut être qualifié de «débordements». Car depuis la crise postélectorale, la vie des Ivoiriens est devenue un vrai cauchemar. FRCI par ci, FRCI par là ! Et partout, ce sont les expropriations, les tueries arbitraires, les règlements de compte, les braquages, etc. Avec eux, tout est permis et les Occidentaux qui déconseillent à leurs ressortissants de se rendre en Côte d’Ivoire, à l’image du Canada, en savent quelque chose. Pis, quand on a injecté officiellement plus de 16000 hommes dans l’armée régulière, définitivement noyautée, on se demande pourquoi ouvrir un nouveau chantier de recrutement dans l’armée. A cette allure, il faut craindre que l’armée ivoirienne atteigne un effectif de 50000 hommes. Par ailleurs, quand Ouattara parle de l’armée de Gbagbo, cela suppose que l’armée en place aujourd’hui n’a rien de républicain. Pour le paraphraser, on pourrait dire qu’elle est l’armée de Ouattara incluant celle de Soro, le chef de la rébellion qui a défiguré la Côte d’Ivoire une dizaine d’années durant avant de parvenir à ses fins : faire partir Laurent Gbagbo du pouvoir.


Génocide évité grâce à la Licorne : Ouattara sait de quoi il parle

«Les relations entre nos deux pays sont excellentes. Il n'y a aucun nuage. Je viens ainsi d'abord remercier le président Sarkozy et son gouvernement pour l'intervention menée en avril sous mandat des Nations unies. Sans elle, il y aurait eu en Côte d'Ivoire un génocide pire qu'au Rwanda. Abidjan, c'est six millions d'habitants. Tel que c'était parti, on aurait pu avoir un million de personnes assassinées. L'intervention française a été opportune et décisive. Elle a sauvé de nombreuses vies humaines».

Jusqu’où ira la politique fiction ? Sur quels calculs économétriques se base Ouattara pour prédire le nombre de morts en l’absence des forces françaises ? Se rend-il compte qu’en prétendant que la France a sauvé ses Nègres d’un génocide, il alimente les clichés sur la barbarie des Africains et l’indispensable mission civilisatrice des Occidentaux ? Faut-il rappeler que le génocide au Rwanda a bel et bien eu lieu en présence de l’armée française ? Par ailleurs, l’on se demande contre quel groupe d’Ivoiriens ce génocide évité aurait-il été organisé ? Les tueries massives dont le caractère tribal est démontré, et les méthodes d’épuration ethnique n’ont eu lieu, en réalité, que dans l’Ouest du pays et dans Abobo contrôlé par le commando invisible pro-Ouattara. Ouattara sait au final [...]


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