
Extrait du Nouveau Courrier 17/01/12 :
"La semaine [passée] a été riche en émotions et en rebondissements en Côte d’Ivoire. Elle a été rythmée à la fois par l’affaire du « squelette de Yaokro » censé être celui du journaliste Guy-André Kieffer (une affaire qui a fait « pschitt »), et le choc du décès du ministre Paul-Antoine Bohoun Bouabré, qui était déjà à l’article de la mort quand une campagne de presse indigne se déployait pour l’impliquer dans le sombre montage qui s’est piteusement dégonflé.
Plus loin de chez nous, la semaine a été agitée par un rebondissement judiciaire concernant à la fois la France et le Rwanda. Mardi dernier, le juge antiterroriste français Marc Trévidic rendait public un rapport rédigé par cinq experts et tendant à affirmer que les tirs de missile qui ont abattu, le 6 avril 1994, l’avion du président rwandais d’alors, Juvénal Habyarimana, déclenchant indirectement le génocide selon certains analystes, pourraient être attribués à la Garde présidentielle du défunt. Ce qui donnerait, naturellement, du crédit à la thèse selon laquelle il a été victime d’une révolution de palais initiée par un « Hutu power » ayant prémédité une épuration ethnique massive. Et discréditerait la thèse soutenue par le juge Jean-Louis Bruguière, anciennement sur le dossier, et qui accusait Paul Kagame et le Front patriotique rwandais (FPR) d’avoir été à la base de l’attentat « qui a tout déclenché ».
Pour notre part, nous n’avons pas de religion à ce sujet. Nous ne croyons sur parole ni Bruguière ni Trévidic. Mais il nous apparaît très clairement que ce feuilleton franco-rwandais nous renseigne sur le « confusionnisme » qui caractérise la France dès qu’il s’agit de la politique africaine. A chaque crise, concernant tous les pays, politiques, journalistes de quasiment tous les bords et juges répètent tous le même « catéchisme » censé soutenir l’intérêt national. Sous François Mitterrand et Jacques Chirac, la France se voulait encore une puissance singulière sur l’échiquier international, et voyait le géant américain en rival dans l’Afrique de l’après-guerre froide. Pour barrer la route à l’oncle Sam, dont l’Ougandais Yoweri Museveni et le Rwandais Paul Kagame étaient les « agents », elle assumait son soutien à Habyarimana puis à Mobutu. Dans sa lutte contre les « Khmers noirs » des Grands Lacs, elle était suivie par la justice à travers le juge Jean-Louis Bruguière qui enquêtait à charge contr Kagame. Elle était accompagnée par la grande star du journalisme africaniste de l’époque : Stephen Smith, qui, du Monde à Libération, a eu les plus belles tribunes pour mener le combat commun. Aujourd’hui, l’atlantiste Nicolas Sarkozy « cogère » l’Afrique avec le Etats-Unis. Il a donc entrepris de faire la paix avec Kagame, qui joue en Afrique centrale pour Washington et ses multinationales le rôle de revolver pointé contre ses voisins campé pour le compte de Paris par Blaise Compaoré en Afrique de l’Ouest. Exit Bruguière, donc. Bonjour Trévidic. Le positionnement judiciaire de la France change en convergence avec ses choix politiques. Les mêmes quotidiens qui étrillaient Kagame à longueur d’éditoriaux ravageurs s’indignent désormais contre les « négationnistes » dont la figure sacrificielle est l’enquêteur Pierre Péan. Jetant aux orties toute distance critique, ils « communiquent » à fond sur un rapport Trévidic qui n’apporte pourtant pas de réponses définitives à toutes les questions. Comme sur tous les sujets internationaux, ils ont engagé une vaste opération de criminalisation de ceux qui ne sont pas pressés de se convertir à leur nouvelle religion, dessinant comme d’habitude une « géographie de l’indignation » visant à neutraliser tout débat sur la politique extérieure de Paris. Comme en Libye, en Côte d’Ivoire et en Syrie. Leurs directions respectives n’ont aucune intention de justifier leur virage à 360 degrés sur le sujet rwandais. L’amnésie est une belle béquille pour le journalisme sans convictions.
Bruguière, nous dit-on donc, a eu faux sur toute la ligne et a engagé la France sur de fausses pistes pendant de longues années sur l’affaire de l’attentat contre l’avion d’Habyarimana. Nous dira-t-on, demain, que le juge Patrick Ramaël s’est longtemps fourvoyé sur la Côte d’Ivoire, en convergence totale avec la diplomatie de son pays ? En tout cas, la presse parisienne a, durant la semaine qui s’est écoulée, continué de se discréditer aux yeux d’un grand nombre d’Africains, dévoilant des passions partisanes désormais trop voyantes pour faire illusion. Ainsi, tout en reconnaissant que le juge Ramaël va de fausse piste en fausse piste dans l’affaire Guy-André Kieffer, elle ne cesse de marteler que l’enquête, pourtant enlisée" [...]
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"La semaine [passée] a été riche en émotions et en rebondissements en Côte d’Ivoire. Elle a été rythmée à la fois par l’affaire du « squelette de Yaokro » censé être celui du journaliste Guy-André Kieffer (une affaire qui a fait « pschitt »), et le choc du décès du ministre Paul-Antoine Bohoun Bouabré, qui était déjà à l’article de la mort quand une campagne de presse indigne se déployait pour l’impliquer dans le sombre montage qui s’est piteusement dégonflé.
Plus loin de chez nous, la semaine a été agitée par un rebondissement judiciaire concernant à la fois la France et le Rwanda. Mardi dernier, le juge antiterroriste français Marc Trévidic rendait public un rapport rédigé par cinq experts et tendant à affirmer que les tirs de missile qui ont abattu, le 6 avril 1994, l’avion du président rwandais d’alors, Juvénal Habyarimana, déclenchant indirectement le génocide selon certains analystes, pourraient être attribués à la Garde présidentielle du défunt. Ce qui donnerait, naturellement, du crédit à la thèse selon laquelle il a été victime d’une révolution de palais initiée par un « Hutu power » ayant prémédité une épuration ethnique massive. Et discréditerait la thèse soutenue par le juge Jean-Louis Bruguière, anciennement sur le dossier, et qui accusait Paul Kagame et le Front patriotique rwandais (FPR) d’avoir été à la base de l’attentat « qui a tout déclenché ».
Pour notre part, nous n’avons pas de religion à ce sujet. Nous ne croyons sur parole ni Bruguière ni Trévidic. Mais il nous apparaît très clairement que ce feuilleton franco-rwandais nous renseigne sur le « confusionnisme » qui caractérise la France dès qu’il s’agit de la politique africaine. A chaque crise, concernant tous les pays, politiques, journalistes de quasiment tous les bords et juges répètent tous le même « catéchisme » censé soutenir l’intérêt national. Sous François Mitterrand et Jacques Chirac, la France se voulait encore une puissance singulière sur l’échiquier international, et voyait le géant américain en rival dans l’Afrique de l’après-guerre froide. Pour barrer la route à l’oncle Sam, dont l’Ougandais Yoweri Museveni et le Rwandais Paul Kagame étaient les « agents », elle assumait son soutien à Habyarimana puis à Mobutu. Dans sa lutte contre les « Khmers noirs » des Grands Lacs, elle était suivie par la justice à travers le juge Jean-Louis Bruguière qui enquêtait à charge contr Kagame. Elle était accompagnée par la grande star du journalisme africaniste de l’époque : Stephen Smith, qui, du Monde à Libération, a eu les plus belles tribunes pour mener le combat commun. Aujourd’hui, l’atlantiste Nicolas Sarkozy « cogère » l’Afrique avec le Etats-Unis. Il a donc entrepris de faire la paix avec Kagame, qui joue en Afrique centrale pour Washington et ses multinationales le rôle de revolver pointé contre ses voisins campé pour le compte de Paris par Blaise Compaoré en Afrique de l’Ouest. Exit Bruguière, donc. Bonjour Trévidic. Le positionnement judiciaire de la France change en convergence avec ses choix politiques. Les mêmes quotidiens qui étrillaient Kagame à longueur d’éditoriaux ravageurs s’indignent désormais contre les « négationnistes » dont la figure sacrificielle est l’enquêteur Pierre Péan. Jetant aux orties toute distance critique, ils « communiquent » à fond sur un rapport Trévidic qui n’apporte pourtant pas de réponses définitives à toutes les questions. Comme sur tous les sujets internationaux, ils ont engagé une vaste opération de criminalisation de ceux qui ne sont pas pressés de se convertir à leur nouvelle religion, dessinant comme d’habitude une « géographie de l’indignation » visant à neutraliser tout débat sur la politique extérieure de Paris. Comme en Libye, en Côte d’Ivoire et en Syrie. Leurs directions respectives n’ont aucune intention de justifier leur virage à 360 degrés sur le sujet rwandais. L’amnésie est une belle béquille pour le journalisme sans convictions.
Bruguière, nous dit-on donc, a eu faux sur toute la ligne et a engagé la France sur de fausses pistes pendant de longues années sur l’affaire de l’attentat contre l’avion d’Habyarimana. Nous dira-t-on, demain, que le juge Patrick Ramaël s’est longtemps fourvoyé sur la Côte d’Ivoire, en convergence totale avec la diplomatie de son pays ? En tout cas, la presse parisienne a, durant la semaine qui s’est écoulée, continué de se discréditer aux yeux d’un grand nombre d’Africains, dévoilant des passions partisanes désormais trop voyantes pour faire illusion. Ainsi, tout en reconnaissant que le juge Ramaël va de fausse piste en fausse piste dans l’affaire Guy-André Kieffer, elle ne cesse de marteler que l’enquête, pourtant enlisée" [...]
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