
Par Philippe Brou. Extrait du Nouveau Courrier du 24/01/12 :
Disculper le régime Ouattara et masquer son inquiétante dérive dictatoriale, tout en justifiant l’attitude inqualifiable des miliciens du RDR. Tel était le double souci des responsables de la Police nationale ivoirienne alors qu’ils rédigeaient le communiqué qu’ils ont rendu public hier soir, dans le but de condamner – sans condamner – les brutalités qui ont émaillé le meeting du FPI samedi. Pris de peur face au courroux de l’ONUCI et des Etats-Unis, le premier flic du pays, Hamed Bakayako, veut absolument tenir le rôle du ministre rempli de bonne volonté et plein de prévenance pour ses opposants. «Le 27 décembre 2011, le Front populaire ivoirien (Fpi), a informé le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, de la tenue d’un meeting, le samedi 21 janvier 2012, à l’espace Ficgayo de Yopougon. A ce sujet, le ministre d’Etat a reçu à son cabinet, le jeudi 19 janvier 2012, M. N’Guessan Amani Michel, secrétaire général adjoint, chargé de la sécurité au Fpi, qui conduisait une délégation de son parti, le maire de la commune de Yopougon et un opérateur privé auquel le maire avait cédé l’espace Ficgayo pour des manifestations en rapport avec le démarrage de la Coupe d’Afrique des nations. A la demande du ministre d’Etat, l’opérateur privé a accepté de se retirer en faveur du Front populaire ivoirien. Par ailleurs, des dispositions sécuritaires ont été prises pour encadrer et sécuriser la manifestation. 550 policiers et 450 gendarmes ont été déployés pour la circonstance. Toutes ces mesures traduisent la volonté du gouvernement de permettre aux partis et groupements politiques d’exercer librement leurs activités», écrit ainsi le communiqué.
Qui, très rapidement, tente de rendre le FPI responsable des violences. «Cependant, la manifestation n’a pu aller à son terme en raison de l’hostilité de groupes de jeunes irrités par les propos véhéments tenus par les responsables du Front populaire ivoirien. C’est le lieu de rappeler que notre pays traverse une phase sensible du processus de réconciliation qui commande que les uns et les autres adoptent des comportements et tiennent des discours allant dans le sens de l’apaisement». La «colère» des miliciens du RDR était donc légitime, doit-on comprendre. La réalité est pourtant qu’aucun responsable du Front populaire ivoirien n’a vraiment délivré de discours samedi, et que les courtes allocutions prononcées avant le début du meeting en tant que tel étaient dénuées d’animosité. De plus, dans quel pays démocratique au monde l’opposition est-elle sommée de ne pas tenir des propos «véhéments» ? Faut-il comprendre qu’en Côte d’Ivoire, les adversaires du régime en place doivent lui servir de faire-valoir ou être impitoyablement matés ? L’actuel ministre de l’Intérieur, patron de la police, ne tenait-il pas des propos «véhéments» durant les meetings de son parti, alors que le président Gbagbo – dont il était ministre – était président ?
Le communiqué de la Police nationale se termine de la plus piteuse des manières. «Le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur déplore et condamne ces incidents. La Côte d’Ivoire est un Etat de droit. Nul n’a le droit de se faire justice. En tout état de cause, une enquête est ouverte pour situer toutes les responsabilités». En quoi les vandales téléguidés qui ont causé la mort d’au moins une personne, et blessé gravement des dizaines de personnes, se sont-ils rendu justice ? En quoi le meeting qu’ils ont attaqué leur a porté préjudice pour qu’ils se rendent justice ? Le double discours du pouvoir, et son encouragement voilé aux vandales, saute aux yeux. Et l’on imagine que le régime Ouattara ne saurait punir sérieusement des hordes sanguinaires qui [...]
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Disculper le régime Ouattara et masquer son inquiétante dérive dictatoriale, tout en justifiant l’attitude inqualifiable des miliciens du RDR. Tel était le double souci des responsables de la Police nationale ivoirienne alors qu’ils rédigeaient le communiqué qu’ils ont rendu public hier soir, dans le but de condamner – sans condamner – les brutalités qui ont émaillé le meeting du FPI samedi. Pris de peur face au courroux de l’ONUCI et des Etats-Unis, le premier flic du pays, Hamed Bakayako, veut absolument tenir le rôle du ministre rempli de bonne volonté et plein de prévenance pour ses opposants. «Le 27 décembre 2011, le Front populaire ivoirien (Fpi), a informé le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, de la tenue d’un meeting, le samedi 21 janvier 2012, à l’espace Ficgayo de Yopougon. A ce sujet, le ministre d’Etat a reçu à son cabinet, le jeudi 19 janvier 2012, M. N’Guessan Amani Michel, secrétaire général adjoint, chargé de la sécurité au Fpi, qui conduisait une délégation de son parti, le maire de la commune de Yopougon et un opérateur privé auquel le maire avait cédé l’espace Ficgayo pour des manifestations en rapport avec le démarrage de la Coupe d’Afrique des nations. A la demande du ministre d’Etat, l’opérateur privé a accepté de se retirer en faveur du Front populaire ivoirien. Par ailleurs, des dispositions sécuritaires ont été prises pour encadrer et sécuriser la manifestation. 550 policiers et 450 gendarmes ont été déployés pour la circonstance. Toutes ces mesures traduisent la volonté du gouvernement de permettre aux partis et groupements politiques d’exercer librement leurs activités», écrit ainsi le communiqué.
Qui, très rapidement, tente de rendre le FPI responsable des violences. «Cependant, la manifestation n’a pu aller à son terme en raison de l’hostilité de groupes de jeunes irrités par les propos véhéments tenus par les responsables du Front populaire ivoirien. C’est le lieu de rappeler que notre pays traverse une phase sensible du processus de réconciliation qui commande que les uns et les autres adoptent des comportements et tiennent des discours allant dans le sens de l’apaisement». La «colère» des miliciens du RDR était donc légitime, doit-on comprendre. La réalité est pourtant qu’aucun responsable du Front populaire ivoirien n’a vraiment délivré de discours samedi, et que les courtes allocutions prononcées avant le début du meeting en tant que tel étaient dénuées d’animosité. De plus, dans quel pays démocratique au monde l’opposition est-elle sommée de ne pas tenir des propos «véhéments» ? Faut-il comprendre qu’en Côte d’Ivoire, les adversaires du régime en place doivent lui servir de faire-valoir ou être impitoyablement matés ? L’actuel ministre de l’Intérieur, patron de la police, ne tenait-il pas des propos «véhéments» durant les meetings de son parti, alors que le président Gbagbo – dont il était ministre – était président ?
Le communiqué de la Police nationale se termine de la plus piteuse des manières. «Le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur déplore et condamne ces incidents. La Côte d’Ivoire est un Etat de droit. Nul n’a le droit de se faire justice. En tout état de cause, une enquête est ouverte pour situer toutes les responsabilités». En quoi les vandales téléguidés qui ont causé la mort d’au moins une personne, et blessé gravement des dizaines de personnes, se sont-ils rendu justice ? En quoi le meeting qu’ils ont attaqué leur a porté préjudice pour qu’ils se rendent justice ? Le double discours du pouvoir, et son encouragement voilé aux vandales, saute aux yeux. Et l’on imagine que le régime Ouattara ne saurait punir sérieusement des hordes sanguinaires qui [...]
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