mardi 6 octobre 2009

À Djignab sur Ramadan




Djignab a dit
"Delugio
Heureux de te retrouver sur ce blog que je croyais uniquement musical et que j'aime bien.
Ramadan est un théologien musulman avec lequel il faut dialoguer et non vilipender comme le font Fourest et les néo croisés.
Il y a quelques semaines à Dakar, il a déclaré dans un rassemblement de dignitaires musulmans que l'on devait se garder de juger les homosexuels. Il a fait cette déclaration quelques mois après des actes barbares qui ont visé des homosexuels. Ce geste n'est pas banal je t'assure. Il sévit actuellement au Sénégal une véritable hystérie collective homophobe.
Il a aussi dit au cours de l'émission dont tu parles qu'il était contre la"sentence de mort" en cas d'apostasie. Je connais plein de musulmans "libéraux" sénégalais qui pensent le contraire.
Pour finir cette émission a mis en lumière comment les médias parisiens fonctionnent. Au lieu de lire les travaux de Ramadan les "critiques littéraires" Zemmour et Nolleau se fondent sur ce que de Fourrest en pense. Ainsi de rédaction en rédaction on répète finalement qu'une seule opinion sans s'interroger."


Ravi de te voir ici, Djignab.

Ta mise en perspective est très intéressante. Et éclaire d’un jour très utile ce que j’ai appelé "double biais d’approche" plutôt que "double discours". Ramadan me semble être effectivement comme il le dit un religieux musulman dans la modernité. Avec les ouvertures heureuses que tu signales, ce qui ne l’empêche pas de rester dans la perspective d’un islam politique, ce pourquoi il me semble bien, concernant son approche, falloir écrire "islam(isme)".

La difficulté qui en ressort, et qui échappe évidemment aux Zemmour et Naulleau, mais aussi à Fourest, est que cela implique une reconnaissance tacite du fait que quiconque a un nom ou un prénom à consonance musulmane, ou arabe, est renvoyé en France à des religieux censés le représenter ! Et Ramadan me semble preneur, et en cela fort proche de… Sarkozy, malgré les tensions médiatiques autour du "moratoire". Ils sont proches par un système de vases communiquant. Sarkozy créant le CFCM et reconnaissant ipso facto la légitimité d’un courant islamiste, c’est-à-dire islam politique (fût-il modéré), reprenait le vis-à-vis colonial opposant "musulmans" et "Européens", c’est-à-dire un concept religieux face à un concept géographique. Symptôme criant de cela : Hortefeux allant se dédouaner à la mosquée d’avoir insulté un catholique (mais Arabe) !

Or on ne sortira de la fable du "choc des civilisations" qu’en cessant de définir et de catégoriser les uns ou les autres en fonction de leur origine (supposée) religieuse ou ethnique : en permettant à chacun de ne pas se sentir obligé de fonder son identité à Rome, à la mosquée ou à la couleur de sa peau. Le vis-à-vis Zemmour / Ramadan me semble être un cas exemplaire de ce travers : Zemmour se définissant (et définissant la France) à l’aune de sa nostalgie ("blanche") d’une époque qui était celle des colonies, Ramadan à l’aune d’un islam(isme) fondé sur des textes politiques datant de mille ans, mais humanisé, et donc plus humain que la version choquante que tu évoques, mais dans lequel il se situe pourtant par le seul fait d’en être une version modernisée.

On ne sortira de ce dilemme qu’en admettant que ni les nostalgies d’époques révolues, ni les textes des époques politico-religieuses anciennes (à valeur religieuse profonde) ne peuvent servir de base (fussent-ils "dépoussiérés") à l’établissement de vraies sociétés de droits.





1 commentaires:

Djignab a dit…

Merci Delugio pour ta réponse dont je partage pour l'essentiel la substance .
Pour ma part dès l'instant que l'on accepte un certain nombre de principes comme celui de liberté et que le progrès social s'apprécie à l'aune de l'expansion de celle-ci je suis preneur. J'entends ici par liberté, la capacité de choisir. Ramadan me semble-t-il s'inscrit dans cette mouvance. C'est pourquoi je pense que son islamisme (bien réel) doit être traité comme les autres "ismes" que nous connaissons.
Pour en revenir au "moratoire", je lui accorde le bénéfice de la bonne foi. Cette technique a été utlisée par Amnesty International dans sa campagne contre la peine de mort. Et cela donner de bons résultats puisque de nombreux pays ont de la sorte rompu avec cette pratique.
Pour finir, je dois avouer qu'il y a un "biais sénégalocentrique" dans mon propos.Je viens d'un pays à 90 % islamisé. Bon nombre d'entre eux se prennent pour des oulémas. Toujours du coté de la réaction (au sens communiste du terme).