Débat «chez Ruquier» (émission «On n'est pas couché» – France 2 / 26.09.09) : Ramadan confronté à Zemmour (je laisse tomber son compère Naulleau resté invisible)...
L'émission :
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Voilà un Zemmour convaincu que sa perception des idées du temps de la IIIe République adaptées aux institutions de la Ve constituent la seule version possible de la «tradition française».
Zemmour l'a montré à d'autres occasions : il croit aux relations entre femmes d'un côté et hommes «portant la culotte» de l'autre telles qu'elles existaient en ces temps pas si lointains. Il croit aussi, comme à cette époque, qu'il y a une «race blanche» et une «race noire». C'était le temps des colonies quand la France, parmi ses bienfaits, proposait l'assimilation des indigènes. Vision un peu vieillotte tout de même, mais qui précisément de ce fait, séduit tous les nostalgiques du «c'était mieux avant».
Et c'est cette vision-là que Zemmour oppose à Ramadan, qui a beau jeu de citer les sociologues et historiens contemporains de la laïcité, qui, forcément, ne vivent plus entre 1870 et 1940 !, et qui de ce fait même, ne sont pas d'accord avec Zemmour.
Posé ce constat, Ramadan, ayant dès lors pris la main, s'est d'emblée ouvert un boulevard pour lui opposer sa vision du monde... encore plus passéiste au fond que celle de Zemmour ! La vision dont il se fait le médiateur dans le cadre de la modernité se fonde sur des textes (il le dit)... textes qui datent du VIIe siècle, et dont la clef de lecture s'est scellée pour l'essentiel entre le VIIe et le Xe siècle... Mais, contrairement à Zemmour avec ses conceptions des «races» et des sexes, Ramadan entend vivre et adapter sa tradition dans les cadres contemporains de la modernité.
Cette médiation entre la modernité et les textes fondateurs de la loi islamique joue un rôle non négligeable dans ce qu'on lui prête couramment : tenir un double discours : islamisme (fût-il «modéré») ou modernité ? Les deux mon général : adaptation de l'islam(isme) à la modernité, ou de la modernité à l'islam(isme).
Ajoutons à cela (qui n'est pas en soi double discours, mais double biais d'approche) quelques petites... approximations de sa mémoire (au moins par omission) et la réputation est bien établie (vous avez dit «takiya» ?).
Un exemple d' «omissions»
relevé par Caroline Fourest : chez Ruquier, il accuse C. Fourest de lui faire dire
via une citation tronquée qu'il affirmerait que l'homosexualité
«révèle une perturbation, un dysfonctionnement, un déséquilibre». Au grand jamais s'insurge Ramadan : il affirme au contraire qu'il se démarque de telles affirmations.
À la lecture de la citation complète du passage extrait d'un de ses livres, il s'avère que c'est C. Fourest qui a dit vrai :
Tariq Ramadan :
«L’homosexualité n’est pas permise en islam [...].
Le débat sur l’homosexualité est complexe et il met en présence en tous cas deux conceptions de l’homme : pour l’islam, l’homosexualité n’est pas naturelle et elle sort de la voie et des normes de réalisation des êtres humains devant Dieu. Ce comportement révèle une perturbation, un dysfonctionnement, un déséquilibre. Il ne s’agit pas de développer un discours de rejet, de condamnation, de “ces malades” qui nous entourent. Certains musulmans, savants ou moins savants, parlent de la sorte, et je ne m’associe pas à ce discours.
Aujourd’hui c’est une analyse et une réflexion en amont qu’il faut développer : la limite, je l’ai dit, est claire quand à l’interdiction mais l’accompagnement doit tenir compte de la société, de l’environnement, de l’histoire personnelle des êtres. Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais d’accompagner, d’orienter, réformer pour accéder à l’équilibre de la spiritualité, de l’intimité et de la vie du corps.» (
Peut-on vivre avec l’islam ?, Tariq Ramadan en entretien avec Jacques Neirynck, Lausanne, Favre, 2004, 1re éd. 1999, p. 152.)
S'étant insurgé contre ce qu'il a pourtant bien écrit, il échappe à la question sur sa position personnelle à ce sujet.
De la même façon qu'il échappe à la question de sa position personnelle sur le voile. On en retiendra une position de principe : il est contre son interdiction, sachant que son imposition n'a pas lieu de se substituer à une conviction...
De même que sur les châtiments corporels ou la peine de mort : ce qu'on saura, c'est qu'on peut trouver des interprétations anciennes (que Ramadan affirme préférer à celles des partisans desdits châtiments) des textes qui sont bien plus modérées que celles qui ont prévalu...
Et Zemmour, rendu muet, verra son interlocuteur se retirer du studio sous une
standing ovation d'un public convaincu qu'on a affaire à un grand laïque libéral...
Caroline Fourest conclut de la citation ci-dessus que
«Ramadan tient sur l’homosexualité le même discours que le pape : ne pas condamner “les pécheurs, mais le péché”. Il opte pour la même approche que les groupes extrémistes chrétiens américains, qui souhaitent changer les homosexuels en hétérosexuels par la persuasion et la culpabilisation.»Ce en quoi elle n'a pas tort sur la forme. Mais le fond du problème semble lui échapper : le pape tenant des positions assez proches de celles de Ramadan (
mutatis mutandis) fait figure (à juste titre) de conservateur – certains ajouteraient rétrograde, voire proche des intégristes – cela dans un monde catholique, qui lui, est infiniment plus libéral que son pape. On peut dire de même des «extrémistes chrétiens américains» : ils sont réputés extrémistes dans leur camp.
Ramadan, ayant des positions fort proches (
mutatis mutandis) de ces courants hyper-conservateurs, généralement réputés extrémistes dans le christianisme, passe dans l'islam pour un modéré, un libéral. Il est effectivement dans la position de celui qui tente d'adapter l'islam(isme) à la modernité, mais sans lâcher le donné des textes (comme il le revendique).
Là est le véritable problème qui a échappé à Zemmour, engoncé dans ses nostalgies : le «modéré» de l'islam a des postions au moins aussi conservatrices que les «intégristes» du christianisme : «son camp», plus extrême que lui dans le conservatisme, fait masse immergée de l'iceberg (qui éventuellement l'ostracise pour son modernisme : il a lui-même signalé que plusieurs pays de la péninsule arabique, plus intégristes que lui, lui ferment leurs portes). Tandis que derrière le pape se trouve une immense majorité de croyants (masse immergée) qui ne supporte pas le conservatisme du discours de son chef, qui est réputé pourtant d'un type équivalent à celui de Ramadan... Si on passe sur les injustices que ce dernier commet à l'égard du christianisme (auquel il a attribué à demi-mot, plutôt qu'à l'islam, la lapidation des femmes adultères !!! Personne ne l'a repris !!!), il reste quand même ce fait : on a affaire à un hyper-conservateur «modéré», hyper-conservateur pourtant infiniment plus en phase avec la modernité que la masse de ceux qui sont proches des mouvances qu'il côtoie, et auprès desquelles il effectue sa proposition de dépoussiérage de leurs conceptions. Ils n'en sont pas moins derrière lui sur l'essentiel : le recours aux mêmes textes, qui requièrent peut-être plus qu'un dépoussiérage !...
Mais qu'est-ce que Zemmour entend à cela avec sa IIIe République dépoussiérée ?
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Cela suite à autre chose qui n'a
presque rien à voir... Quand
un militant catho UMP ne fait
pas Ramadan...
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Et autre chose qui n'a rien à voir «virtually» :